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Point de vue de TMX – Les sociétés canadiennes du secteur du pétrole et du gaz doivent s’adapter à la nouvelle réalité à l’égard de la décarbonation ou bien composer avec un accès restreint au capital

20 décembre 2019

L'exploration, la production et l'utilisation des hydrocarbures vont fondamentalement à l'encontre de l'Accord de Paris sur le changement climatique. L'Accord de Paris, ratifié en 2016, est un accord qui découle de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) dans le cadre duquel les pays membres ont accepté de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre dans le but de réduire les effets néfastes du changement climatique. En novembre 2019, la CCNUCC comptait 195 signataires (dont le Canada).

Pour atteindre cet objectif, des scientifiques affirment que la production mondiale de dioxyde de carbone causée par l'homme doit cesser complètement d'ici 2050. Selon leurs prédictions, si cet objectif n'est pas atteint, il y aura des conséquences environnementales et économiques néfastes à l'échelle mondiale. Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), un organisme formé de scientifiques climatiques appuyé par l'Organisation des Nations Unies (ONU), est allé encore plus loin, demandant non seulement l'abolissement de tous les carburants à base d'hydrocarbures, mais aussi une transition complète et immédiate aux énergies renouvelables.

Certes, il s'agit d'un objectif noble, mais pas tout à fait réaliste. La demande mondiale de combustibles fossiles n'est pas près de diminuer. En fait, selon les prévisions de l'Agence internationale de l'énergie dans son rapport World Energy Outlook 2019 (en anglais) sous la rubrique Stated Policies Scenario (qui comprend les intentions et les cibles de la politique actuelle), la demande mondiale de pétrole augmentera, passant de 96,9 millions (2018) à 105,4 millions de barils par jour en 2030, avant d'atteindre un plateau de 106,4 millions de barils par jour en 2040 (demande concentrée principalement dans les secteurs de l'aviation, de l'expédition et du plastique).

Qu'est-ce que cela signifie pour le secteur canadien du pétrole et du gaz dans l'avenir? Comment le secteur canadien du pétrole et du gaz doit-il s'y prendre pour concilier ces deux objectifs diamétralement opposés, soit réduire les émissions de gaz à effet de serre (comme le dioxyde de carbone, le méthane, l'oxyde nitreux et l'ozone), tout en tirant avantage de la croissance de la demande mondiale de pétrole et de gaz? Il existe bien des écoles de pensée à ce sujet, mais je crois que l'une des clés consistera à participer activement au mouvement mondial de décarbonation et à chercher des solutions de réduction du dioxyde de carbone produit par le secteur.

Les sociétés canadiennes d'exploration et de production peuvent adopter les sources d'énergie renouvelable qui correspondent le mieux à leurs compétences de base que sont le forage de puits et d'interprétation de la géologie souterraine. Pensez à l'énergie géothermique. Elles peuvent aussi utiliser les sources d'énergie solaire, éolienne et autres énergies propres qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre pour les besoins de leurs opérations sur le terrain. Enfin et surtout, les sociétés canadiennes d'exploration et de production doivent continuer de jouer leur rôle d'exploitants écoresponsables de premier plan à l'échelle mondiale (réduction de la quantité d'eau utilisée, réduction du nombre de déversements, gestion des émissions fugitives, réduction de l'intensité des émissions par baril produit, etc.), tout en cherchant de nouvelles méthodes novatrices de réduction de l'utilisation des combustibles fossiles dans leurs activités de production.

En somme, les sociétés canadiennes d'exploration et de production doivent cesser de concentrer leurs activités strictement sur l'exploration et la production de pétrole et de gaz, puis acquérir des actifs liés aux énergies renouvelables ou propres dans le cadre de leurs activités. Pour appuyer cette affirmation, citons par exemple le fait que l'indice des énergies renouvelables et des technologies propres S&P/TSX (TXCT) a grimpé de 38 % au cours des cinq dernières années, pendant que l'indice plafonné de l'énergie S&P/TSX (TTEN) a chuté de 35 %*.

Pourquoi est-ce que je souligne le grand écart de rendement entre le secteur du pétrole et du gaz et le secteur des énergies renouvelables? Tout simplement pour démontrer que les investisseurs récompensent les sociétés énergétiques qui présentent une faible intensité carbonique. Est-il juste de comparer le rendement du secteur du pétrole et du gaz avec celui du secteur des énergies renouvelables, puis d'affirmer que l'écart est uniquement attribuable à la décarbonation? Non, pas tout à fait, mais il y a une part de vérité.

Le secteur canadien du pétrole et du gaz dispose actuellement d'un capital restreint (sur le plan du capital d'investissement tant public que privé). Lorsque les investisseurs institutionnels recommenceront à investir dans le secteur, l'un de leurs principaux critères d'investissement consistera à mettre l'accent sur les sociétés d'exploration et de production ayant une empreinte de carbone décroissante ou intégrant des énergies renouvelables dans l'exercice de leurs activités. Pour preuve, un récent sondage de RBC Gestion mondiale d'actifs souligne qu'à l'échelle mondiale les investisseurs institutionnels adoptent de plus en plus des critères environnementaux, sociaux et relatifs à la gouvernance pour choisir leurs actifs. Par conséquent, les sociétés d'exploration et de production qui ne réduiront pas l'intensité carbonique de leurs activités au moyen d'énergies renouvelables ou d'autres formes d'énergies propres auront beaucoup de difficulté à mobiliser du capital à l'avenir.

  

Le présent article a été rédigé à titre informatif uniquement; il ne vise à communiquer aucun conseil. Le présent article ne constitue ni un cautionnement ni une recommandation à l'égard des titres ou des secteurs mentionnés aux présentes. Les points de vue et les opinions exprimés dans le présent article sont uniquement ceux de leurs auteurs respectifs et ne reflètent pas nécessairement les vues de Groupe TMX Limitée, des sociétés de son groupe, de leurs dirigeants ou de leurs employés respectifs.

* Source : S&P Capital IQ, en date du 17 décembre 2019.